L’INTERMEDE DU CARTESIANISME

Nous avons hérité de la colonisation, les normes cartésiennes du savoir. La sociologie dominante est restée accrochée au diktat des normes « classiques » organisant le discours sur la science, les valeurs et l’évolution de la société globale par le biais des mécanismes rationnels, analogues aux lois générales de la physique ou des mathématiques, entre déterminisme, quantification et réductionnisme de l’analyse.

Dès le départ, les mythes gréco-latins sont tributaires d’un modèle de société où la vengeance, la violence, la traîtrise et le pessimisme sont le lot des hommes. Les mythes les plus connus, OEdipe, Sisyphe, Orphée, etc., portent la marque de cet univers chrysogène, sans réponse appropriée au retour de l’ordre sur le plan mythologique.

Le destin de OEdipe est scellé dès sa naissance : il doit tuer son père et épouser sa mère. Si le héros tragique affronte son destin avec lucidité (la raison), rien ne prédispose la société à comprendre pourquoi il en est ainsi. Personne n’en sait rien. Il y a là, une sorte d’inachèvement ontologique qui explique le dépassement de ces mythes par la philosophie. Les mythes ne sont pas raisonnables et la philosophie se donne pour tâche de leur façonner une dignité épistémologique : le positivisme naît de cette réflexion. On comprend mieux les idéologues grecs, Socrate, Platon, etc.

A l’inverse, les mythes africains développent un optimisme et une grande ouverture à la conciliation des protagonistes. Le mythe d’Osiris en Egypte, de Jeki la Njambé des Duala ou le renard pâle des Dogon en sont un parfait témoignage. La perspective ontologique dessine alors un achèvement, un protocole de transfert de l’entropie en néguentropie, du Désordre en Ordre, de la violence en paix. Tout le contraire du mythe de OEdipe.

Pour émerger des cendres de la sociologie « classique », dominante, la sociologie africaine doit effectuer une mue salvatrice : sortir du cadre cognitif et expérimental qui lui a été imposé depuis bientôt cinq siècles. Cela s’inscrit, au demeurant, comme un impératif catégorique.

S’il y a un domaine qui a été le plus affecté par les traditions mécanistes du social, c’est bien l’économie. Les modèles économétriques (micro et macroéconomie) hérités de la méthode de la mécanique (physique) ont fait la joie de leurs clients par le biais d’un jeu d’équations donnant satisfaction à la croissance et à l’enrichissement à outrance. Ces modèles laissaient supposés que les sous systèmes étudiés sont relativement autonomes par rapport à l’environnement et qu’ils se reproduiraient indéfiniment à l’identique. Aujourd’hui, les seuils critiques sont atteints : ni l’environnement sociétal, ni l’écosystème ne peuvent supporter davantage les effets dévastateurs engendrés. Le Désordre est à son comble.

Avec les enjeux de la mondialisation des économies, la problématique du fait social revient au devant de la scène. Le célèbre économiste Samir Amin relance le débat là où Emile Durkheim l’avait laissé : « La seule science possible est celle de la société ; car le fait social est un : il n’est jamais ‘’économique’’ ou ‘’politique’’ ou ‘’idéologique’’, etc., bien que le fait social puisse être approché dans un angle particulier, celui des disciplines universitaires traditionnelles (l’économie, la sociologie, la science politique, etc.). Mais cette opération

d’approche particulière n’a de chance de rester scientifique que si elle sait mesurer ses limites et préparer le terrain pour la science globale. »

Nous sommes en 1970 lorsque Samir Amin écrit ces phrases qui laissent entrevoir les limites de l’hyperspécialisation disciplinaire et l’émergence de la complexité du social.

La pensée africaine apporte la preuve du haut degré de développement de la culture dans laquelle elle a été élaborée. Aujourd’hui encore, même en l’absence d’écoles modernes, le sage et le régulateur africains brode sur les thèmes mythologiques et atteignent un niveau élevé de la connaissance de l’humain, du social et des « lois » cachées de la nature. Une telle leçon justifie la nécessité de réhabiliter notre culture qui reste notre ressource de base dans le cadre de la reconquête de l’initiative historique.

                                                                                     Mbombog Mbog Bassong

Tiré du livre :  SOCIOLOGIE AFRICAINE :

Paradigme, Valeur et Communication

 

A télécharger gratuitement ici : https://mbombog.wordpress.com/

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Classé dans REFLEXIONS

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